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Quand éthique rime avec liberté de parole

  • Créé le 06-02-2014
  • Modifié le 06-02-2014
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Le général Bertrand Soubelet lors de son audition à l'Assemblée nationale (18/12/2013) Le général Bertrand Soubelet lors de son audition à l'Assemblée nationale (18/12/2013)

Taire ce que chacun au fond aurait envie d’exprimer, voilà une attitude qui sied à nos gouvernants.

Le Général de corps d’armée Bertrand Soubelet, numéro 3 de la Gendarmerie nationale a, sans ambages, semé le trouble par ses déclarations le 18 décembre 2013 devant la représentation nationale et en particulier devant les membres de la commission de lutte contre l’insécurité.

Nommé en 2012 en Conseil des ministres aux fonctions de directeur des opérations et de l’emploi à la Direction générale de la Gendarmerie nationale, il coordonne et met en œuvre la politique opérationnelle de toute la Gendarmerie. Poste important, cet officier collecte toutes les informations qui remontent du terrain.

Voilà un général interrogé par les députés qui répond avec honnêteté, ce que le devoir lui commande de faire : exprimer des faits – vraisemblablement incontestables – tout en assumant son « analyse personnelle ». Ce qui, de facto, dérange car il s’agit d’un commentaire porté sur la politique pénale actuellement mise en œuvre.

Est-ce condamnable ? Le devoir de réserve n’est pas une simple vue de l’esprit, c’est une réalité qui incombe à tout agent des trois fonctions publiques… toute proportions gardées. Le contexte revêt ici une importance qui ne peut être écartée a priori. Une audition devant la représentation nationale ne laisse aucune place à de pseudo secrets ; celle-ci exige de la personne auditionnée à s’exprimer avec pertinence et loyauté, et de rapporter des faits et éléments intangibles et surtout vrais.

Au fond de quoi s’agit-il ?  De la révélation que 65 % des cambrioleurs interpellés dans le département des Bouches-du-Rhône en novembre 2013, avaient été remis en liberté par la justice et qu’implicitement ces mesures apparemment iniques, tant pour celui qui exerce la répression des crimes et délits, que pour la victime, voire plus largement pour le citoyen, entraîne le renoncement des forces de l’ordre à lutter contre la délinquance.

Ces déclarations ont assurément mis les ministères de l’Intérieur et de la Justice, ainsi que le parquet de Marseille dans l’embarras. Tous les professionnels de la sécurité publique connaissent cette réalité, source de démotivations et implicitement du manque de velléités à sanctionner des faits mineurs.

« Je n'ai aucun doute de l'adhésion et de la loyauté de la gendarmerie, a dit M. Valls devant la haute hiérarchie de la Gendarmerie, dont le général Soubelet, au Quartier des Célestins à Paris le 7 janvier dernier. Les ministres de l'Intérieur et de la Justice concourent pleinement à l'autorité de notre État. […] Les forces de l'ordre et la justice doivent partager les mêmes buts. »

Le ministre a en outre assuré être sur la même longueur d'onde que la Garde des sceaux. « Je demande de poursuivre le travail dans le même état d'esprit et je ne tolérerai aucun manque à cette ligne de conduite sur le cap, la direction et la manière de travailler ensemble car l'engagement et la loyauté sont indispensables », a enfin insisté Manuel Valls non sans tancer le général. Après son discours, le ministre de l'Intérieur a affirmé devant la presse que l'incident était clos.

Force des convictions et souci de l'intérêt général

Au-delà des chiffres, ces déclarations traduisent une situation qui met en évidence l’ambiguïté du discours officiel. D’un côté le manque de moyens (par exemple la fermeture de mess de la gendarmerie mobile pour financer le carburant), de l’autre une réponse pénale mal admise, mal comprise, mal adaptée et qui semble laxiste, uniquement justifiée par des options politiques politiciennes. Au final, si une symbiose s’opère rarement entre les réalités du terrain et le politique, c’est toujours ce dernier qui commande.

La force des convictions à la chose publique, le souci de l’intérêt général et la foi dans la République, quel que soit le pouvoir politique en place, caractérisent donc les grands serviteurs de l’État. L’éthique se définit comme l’ensemble des règles de conduite propre à une société, à un groupe. Elle constitue un rempart impalpable mais réel dans une démocratie, quand le politique irrationnel emboîte le pas sur la réalité quotidienne.

La vérité n’est pas toujours bonne à entendre lorsqu’elle contrevient à un discours convenu et sans aspérités. Elle apparaît indispensable pour faire émerger une réalité qui caractérise peu ou prou notre société.

L’éthique apporte un sens critique et une réflexion sur nos comportements sociétaux. Elle introduit des sentiments, certes, mais s’attache aussi à des valeurs qui permettent de démêler le vrai du faux, de donner du sens à l’action. Et, surtout, elle autorise la conscience à magnifier la vérité.

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Denys Spahn

Est un ancien officier supérieur de la Marine nationale. Titulaire d'un DESS en droit social, il est actuellement consultant en management.

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