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Centrafrique, Pourquoi la guerre ?

Alors que les promesses d'une opération « coup de poing », de courte durée et avec des effectifs restreints ont déjà vécu et que, un peu plus de trois mois après le déclenchement de l'opération Sangaris le 5 décembre 2013, le contingent français déployé en République centrafricaine (RCA) est officiellement passé de 1 600 à 2 000 hommes, les Éditions Lavauzelle sont les premières à publier un ouvrage apportant assurément un éclairage utile sur cette ancienne colonie française.

Celui-ci s’attarde sur les causes du conflit en mettant en perspective les aspects anthropologiques : la RCA est un pays aux frontières artificielles qui regroupe des ethnies antagonistes se disputant les bénéfices du pouvoir avec une radicalisation religieuse. Elle dispose également de richesses  qui aiguisent depuis longtemps les appétits régionaux.

Ainsi, non loin du Sahel, la Centrafrique – qui est encerclée par six pays « sensibles » (au nord le Tchad, à l’ouest le Cameroun, au sud la République démocratique du Congo et la République du Congo, à l’est le Soudan et le Soudan du Sud) – est une clef de la stabilité dans la région. Si ce pays est pauvre, il bénéficie pour autant des richesses naturelles agricoles et minières qui ne demandent qu’à être exploitées. C’est le cas par exemple de l’uranium, de l’or ou encore du pétrole et de l’énergie hydroélectrique. Sans oublier ses fameux diamants, environ 500 000 carats officiellement produits chaque année.

Ce livre met aussi l’accent sur les réactions plus que contrastées sur l’intervention française en Centrafrique dans la presse nationale et internationale. Sur le terrain, les Centrafricains sont partagés au lendemain de la visite éclair du Président François Hollande à Bangui, le 28 février dernier, alors que les violences persistent près de trois mois après le début de l'intervention française. Le chef de l’État apparaît tantôt  comme un « ange gardien » pour les uns, tantôt comme le responsable d'une opération « vouée à l'échec » pour les autres.

Pour sa part, Moscou a pris ombrage de la présence militaire hexagonale. Les médias russes sont globalement très critiques. Pro Russia TV estime que les motivations françaises affichées, à savoir le désarment des rebelles et la stabilisation de la situation, ne seraient que des déclarations d’intention. Pour preuve, si la France était intervenue bien plus tôt, elle aurait vraisemblablement évité les violences. En fait, selon les auteurs, cette intervention tomberait à pic afin de faire obstacle aux pays émergents, dont la Russie, qui prennent de plus en plus de parts de marché.

Tandis que les États-Unis félicitent leur allié pour son action, la presse anglo-saxonne insiste très largement sur la nature confessionnelle du conflit centrafricain. La résolution musclée du Conseil de Sécurité des Nations unies, autorisant la France à recourir à la force pour rétablir le calme en RCA, a été précédée par le massacre de 400 personnes à Bangui, essentiellement des chrétiens.

Les alliés européens demeurent divisés. Pour les journaux allemands, il s’agit de s’interroger  sur l’efficacité d’une mission de désarment qui doit être menée simultanément auprès de tous les rebelles. Or, comment désarmer 20 000 miliciens quand le contingent français compte dix fois moins de soldats ? Les spécialistes soulignent enfin que la France tend à projeter plus de troupes que ses capacités ne le lui permettent. Notre armée serait donc au bord de la rupture capacitaire. D’où la volonté de la Présidence de la République française de demander une aide logistique européenne.

Au final, pour la majorité des observateurs présents sur le terrain, les Français auraient dû intervenir bien avant le renversement du Président François Bozizé.

Centrafrique, Pourquoi la guerre ?, de Véronique Mézin-Bourguinaud et Gregor Mathias, sous la Direction de Thomas Flichy de la Neuville, Éditions Lavauzelle (2014), 110 pages, 12,80 euros

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Olivier d'Auzon

Est juriste, consultant auprès de la Banque africaine pour le développement, de la Banque mondiale ou encore de l'Union européenne. Il a participé à la rédaction de "L'Afrique des nouvelles convoitises" (Ellipses, 2011) et est l'auteur de plusieurs ouvrages juridiques.

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