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Interview du sénateur Jean-Marie Bockel

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Auteur d'un rapport d'information sur la cyberdéfense, Jean-Marie Bockel - sénateur du Haut-Rhin et ancien ministre - nous a accordé un entretien au cours duquel il évoque, entre autres, la réserve citoyenne de cyberdéfense.

Monsieur le Ministre, combien de temps faudra-t-il pour être au même niveau que les Anglais et les Allemands, tant en personnels qu’en budget, en matière de cyberdéfense ?

Si les engagements du Livre blanc, qui reprennent déjà assez largement les préconisations de mon rapport de juillet 2012, se traduisent concrètement dans les lois de programmation et les exercices budgétaires – ce qui a commencé à se faire en 2013, si j’en crois les réponses qui ont été apportées à mes questions sur les différents aspects –, je dirais deux à trois ans. À condition bien sûr que, d’ici là, eux-mêmes ne redoublent pas d’efforts…

Actuellement, pensez-vous que nous soyons à un niveau minimal suffisant au vu des missions confiées ?

En matière de cyberdéfense, nous disposons de bons outils : l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), le cyber état-major et la Délégation générale à l’armement (DGA). Cependant, étant donné que les menaces s’intensifient, cela est encore insuffisant.

Les attaques informatiques qui ont frappé l’Estonie en 2007 n’ont-elles pas été surestimées (le blocage d’Internet ayant été partiel) ? N’avons-nous pas été confrontés,  à l’époque, à une espèce de buzz destinée à mettre en avant les problématiques de cybersécurité ?

Je ne suis pas un expert de ce qui s’est passé en Estonie et c’est peut-être vrai. Toutefois, ce qui s’est produit dans ce pays a été une première. Même si la situation a été moins grave que ce qui a pu être dit par le passé, cela a été suffisamment perturbant pour que nous prenions conscience de la menace. Si votre question est « Il y a plus de peur que de mal », c’est sûrement vrai. Mais la peur a fait réfléchir et tout le monde a entrevu le mal qui aurait pu être fait si l’affaire avait été jusqu’à bout. En tout cas, la démonstration a été faite que des dégâts importants étaient possibles.

Cela a été un tournant pour la France en matière de réflexion ?

Pas seulement pour la France qui, à l’époque, avait beaucoup de retard. Mais il est certain que cet événement a accéléré la prise de conscience puisque le Livre blanc de 2008 a marqué un tournant.

N’est-ce pas incohérent de voir les États-Unis collaborer avec la Chine en matière de cybersécurité, alors que les seconds sont soupçonnés depuis des années d’être à l’origine de nombreuses attaques ?

Non, il n’y a aucune incohérence. Si nous voulons sortir de la situation actuelle et amener les Chinois à respecter une certaine règle du jeu – qui ne concerne d’ailleurs pas qu’eux, on l’a vu récemment avec les Américains –, cela passe forcément par un dialogue. De toute façon, en matière de cyberdéfense et de capacités offensives dont se dotent les pays, chacun ne discutera que de ce dont il voudra bien discuter. Il ne faut pas être naïf, mais en même temps les Chinois ont conscience aussi qu’ils n’ont pas intérêt à être, en quelque sorte, au ban du concert des nations. Les Chinois et les Américains ont intérêt à ce dialogue, tout comme nous ou les Russes. Il faut qu’il s’établisse une règle du jeu, mais cela ne veut pas dire que certains domaines n’y échapperont pas. Cela peut marquer un progrès.

Nos alliés historiques sont-ils vraiment fiables au vu des révélations diffusées dans la presse, concernant un espionnage massif des communications mis en place par les Américains ?

Je crois que c’est le député Urvoas qui déclarait sur les systèmes de renseignement que les Américains pêchaient au filet pendant que nous pêchions davantage au harpon. C’était une manière imagée de dire que personne n’est naïf sur les grandes oreilles. Ce n’est pas une histoire nouvelle. Les Britanniques sont bien placés pour le savoir eux aussi. Pour autant, cela pose la question de savoir ce qui est acceptable en matière d’incursion dans la vie de chacun. Est-ce que la sécurité permet tout ? Au fond, c’est un débat éthique, Obama l’a bien compris. Il est sur la défensive, alors que lui-même a une image de défenseur d’une certaine éthique. Nous ne devons pas faire preuve d’angélisme, mais là on a envie de dire « trop, c’est trop ».


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Jean-Philippe Elie

est journaliste et auteur.

Secrétaire national (Front démocrate) à la défense et à la sécurité

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