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J.-Y. Le Drian - Universités d’été de la défense 2013

  • Créé le 11-09-2013
  • Modifié le 11-09-2013
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M. Jean-Yves Le Drian, Ministre de la défense - Discours aux Universités d’été de la défense - Pau - Mardi 10 septembre 2013

"Mesdames et Messieurs,

Depuis un an, les enjeux de défense et de sécurité nationale n’ont pas cessé d’être au coeur de l’actualité. S’il importe de prendre de la hauteur pour préparer l’avenir, comme ces Universités nous y ont invités tout au long de ces deux jours, l’actualité nous rappelle la nécessité d’analyser constamment et de comprendre le paysage extrêmement mouvant de notre environnement stratégique.

Notre politique de défense se construit ainsi dans le temps long, celui de nos ambitions et de nos capacités, mais elle se réalise dans le présent, dans ce qu’il a de complexe, d’incertain, parfois d’inacceptable.

Le 21 août dernier, une attaque avec agents chimiques a fait sans doute plus d’un millier de morts dans la banlieue de Damas. Avec cette action, Bachar el Assad a franchi un nouveau seuil dans sa pratique de la terreur et dans la négation du droit.

Ce n’est pas seulement un palier nouveau dans l’escalade de la violence en Syrie. C’est un changement d’échelle dans le recours de Bachar El Assad au chimique, jusque-là testé par le régime de façon très limitée et difficile à détecter, mais nous l’avons établi.

C’est un tabou reconnu au plan international qui a été violé. Un tabou vieux de cent ans, celui de l’emploi d’armes qui nous projettent au-delà même de la guerre. En le brisant, le régime de Damas défie la communauté internationale dans ses fondements. Il fait peser, sur la stabilité du Proche-Orient, puis du Moyen-Orient, puis sur la sécurité internationale, une menace à laquelle je ne vois pas de précédent depuis de longues années.

Parce que le sujet, c’est la prolifération. Parce que la prolifération chimique en acte crée un précédent atroce au coeur de l’une des régions les plus instables du monde.

Parce que nous ne pouvons accepter sans réagir quelque brèche que ce soit dans la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive, reconnue comme une nécessité de sécurité collective au plan mondial, notamment par la résolution 1540 du Conseil de sécurité du 28 avril 2004 (pour qui elle constitue « une menace pour la paix et la sécurité internationales »), et dans notre propre politique de défense sans discontinuer, sous tous les Gouvernements de la France depuis le Livre blanc de 1994.

Parce que, en dernière analyse, la prolifération des armes de destruction massive est une menace pour notre propre sécurité nationale, la sécurité de la France et de l’Europe, qui peut être menacée par la déstabilisation du Proche-Orient, comme par l’encouragement donné par Assad à d’autres proliférateurs, étatiques ou non.

L’attaque du 21 août interpelle la France dans les responsabilités qui sont les siennes. Face au régime syrien, nous nous tenons prêts à agir. J’observe, comme vous tous ce matin, que la proposition faite hier soir par la Russie a suscité un grand intérêt. Elle mérite un examen précis et nous semble pouvoir avancer dès lors que certaines conditions, qui ont été énoncées par le ministre des Affaires étrangères, seraient remplies : engagement à mettre sous contrôle puis détruire l’arsenal chimique ; résolution contraignante du Conseil de sécurité ; traduction des responsables de l’attaque du 21 août dernier devant la Cour pénale internationale.

Si de tels développements se produisent effectivement et rapidement, nous pourrons constater que c’est la combinaison, choisie par le Président de la République, de menaces de sanctions et de pression militaire crédible, destinées à mettre fin à l’impunité du régime, qui aura porté ses fruits. Sans revenir sur les discussions qui ont eu lieu ces derniers jours au Parlement, ni anticiper les décisions à venir du Président de la République et de nos principaux partenaires, je voudrais ajouter un mot sur la crise syrienne au regard des orientations de notre politique de défense.

A la suite du Livre blanc, la loi de programmation militaire va notamment renforcer notre capacité à prendre l’ascendant sur des forces étatiques, par des moyens de très haute technologie – moyens de renseignement, de ciblage, de frappe à distance ou encore de guerre électronique. Cette aptitude à faire face aux « menaces de la force » est au coeur de notre autonomie stratégique.

C’est cette autonomie stratégique qui nous permet de parler d’une voie forte sur le dossier syrien, de dialoguer avec les Etats-Unis dès la conception et la planification de l’action et peut-être d’intervenir demain.

C’est cette autonomie stratégique que nous avons voulu préserver et développer dans la future loi de programmation. Seule une poignée de pays dans le monde dispose de capacités de renseignement, de planification, de dissuasion et d’action autonomes. La France en fait partie.

Être autonome, je le précise, ne veut pas dire agir seul. Le principe d’autonomie stratégique ne s’oppose pas à l’action en coalition ; c’est au contraire l’une de ses conditions primordiales. L’action en coalition appelle en effet des acteurs responsables, capables d’anticiper, de faire des propositions et de prendre l’initiative lorsque c’est nécessaire. C’est le sens de la relation stratégique qui existe entre la France et les Etats-Unis. Et c’est le sens de l’autonomie stratégique à laquelle nous attendons tant de prix.

Au-delà de la Syrie, les événements de ces douze derniers mois, au plan opérationnel, autorisent le même constat. Je pense d’abord à l’Afghanistan. Lorsque nous nous étions réunis l’an dernier à Brest, le désengagement de nos forces était entamé. Nous redoutions alors les menaces militaires et les risques logistiques qui entouraient une manoeuvre complexe et difficile. Un an après, cette manoeuvre est achevée. Elle a été menée avec un professionnalisme, une détermination et un sang-froid que je veux saluer. La réussite de cette manoeuvre hors du commun souligne une fois de plus l’excellence de nos armées – nos moyens de renseignement, nos capacités logistiques et l’aguerrissement de nos soldats ont pris ici une part décisive.

Je pense évidemment aussi au Mali. Il y a un an, la menace djihadiste sur le Sahel occupait déjà nos esprits. Tombouctou et Gao, tout le Nord et plus du Mali étaient occupés par des groupes djihadistes qui semblaient régner en maîtres et instauraient un régime oppressant. Qui aurait alors imaginé, un an après, un pays rendu à son intégrité territoriale, des djihadistes considérablement affaiblis, des élections présidentielles déjà réalisées et un processus de réconciliation, certes délicat, mais déjà engagé grâce aux accords de Ouagadougou ? L’installation d’Ibrahim Boubacar Keïta comme Président d’un Mali rendu à sa pleine souveraineté, moins de sept mois après le début de l’opération SERVAL, est davantage qu’un symbole.

L’articulation entre l’action militaire, le rétablissement de l’ordre constitutionnel, le processus de paix et la reconstruction a été notre préoccupation constante. Je tiens à ce moment de mon intervention à rendre tout particulièrement hommage aux hommes et aux femmes de l’armée de terre, qui nous accueille ici à Pau. J’ai eu plusieurs fois l’occasion de m’entretenir avec eux sur le terrain, de l’Amettetaï à Gao. J’en retiens une légitime fierté : ce sont des hommes et des femmes exceptionnels.

L’analyse du Livre blanc, d’ailleurs élaborée dans le même temps, me semble là aussi pertinente. Devant cette fois les « menaces de la faiblesse », celles d’un Etat en difficulté grave, à la merci de groupes armés et fanatisés, l’intervention de la France en gestion de crise s’est révélée pertinente, depuis la réactivité permise par l’emploi des forces spéciales et de notre dispositif pré-positionné, jusqu’à la maîtrise dans la durée de larges espaces physiques, en passant par l’entretien de liens étroits avec la population et les acteurs locaux.

Que ce soit en Afghanistan, au Mali, peut-être demain en Syrie, ailleurs encore, la qualité de nos armées permet à la France de tenir son rang, politique et stratégique, comme bien peu de pays dans le monde sont capables de le faire. Cette excellence, garante de notre autonomie stratégique, repose sur une vision de notre environnement, sur des capacités, mais aussi sur une volonté politique, celle du Président de la République, qui a pris des décisions majeures en tant que chef des armées. Décision d’accélérer le calendrier du retrait de nos forces d’Afghanistan. Décision d’intervention éclair au Mali contre un offensive djihadiste imprévue et sans précédent, qui menaçait d’installer aux portes de l’Europe un foyer de terrorisme international. Décision, encore, d’être à la pointe du combat contre ceux qui n’ont pas hésité à déchaîner l’horreur d’une attaque chimique sur des hommes, des femmes, des enfants, et qui pourraient recommencer demain si rien n’était fait pour les en empêcher.


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